PROCES FERRARA
Entre histoire et légende, il n'y
a parfois qu'un pas qu'Antonio Ferrara, braqueur échappé de Fresnes,
tente de franchir. La cour d'assises de Paris examinait aujourd'hui la
personnalité du prévenu. Et il a oscillé entre un peu de sérieux et
beaucoup de provocation.
Pour ce fils d'immigrés italiens né en 1973 et arrivé à 10 ans avec sa
famille à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), les «vrais problèmes ont
démarré en 1995».
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Cette année-là, une descente de police vise la cité où il vit avec ses
parents et ses quatre frères, dont la plupart sont mêlés au trafic de
drogue qui fait la «réputation» du quartier. «Ils ont arrêté tout le
monde. A partir de là, je me suis mis en cavale», déclare l'accusé.
«Vous aviez quelque chose à vous reprocher, interroge la présidente, Janine Drai.
- J'avais peur, moi ! Même quand on n'a rien à se reprocher, on peut se retrouver dans un box vous savez.
- Il y avait un trafic dans la cité ?
- Paraît-il que oui, moi j'y étais pas !»
Pendant deux heures et demie, le braqueur va faire semblant de répondre
aux questions, manier l'ironie, et déclencher plusieurs fois des éclats
de rire dans le public. Par exemple, quand il nie avoir utilisé un
téléphone portable en prison pour avertir les complices de sa première
évasion, en 1998, lors d'une consultation à l'hôpital. «Madame la
présidente, à l'époque les portables c'étaient des porte-avions !»,
lance-t-il, joignant le geste à la parole pour décrire un objet de
grande taille.
Sur les dates, les lieux de ses méfaits, le nom de l'agence bancaire
braquée en 1997 (qui lui vaudra sa première condamnation aux assises en
2003, NDLR), il plaide «des problèmes de mémoire». «Je ne me souviens
plus. Moi j'ai cinq ans de QI (quartier d'isolement) dans la tête»,
lâche-t-il dans une allusion à ses conditions de détention depuis son
arrestation en juillet 2003.
Enfant, dit-il, «j'ai été sage». Ses parents l'ont décrit comme étant
«correct et très respectueux». «J'ai pas été violé, violenté, cravaché,
il n'y a rien eu qui puisse expliquer ce que je suis aujourd'hui»,
affirme-t-il.
Il refuse de donner le moindre détail sur la tentative de meurtre dans
laquelle il a été impliqué fin 1996. «J'ai pris 8 ans, comprenez bien
que je n'ai pas envie d'en reparler (...) On va pas refaire le match».
La présidente insiste, rappelant que la victime est aujourd'hui
handicapée à vie. «Rentrer dans les détails, je crois pas que ça soit
très sain», rétorque l'accusé.
Pendant les quatre ans de cavale (1998-2002) où son nom sera mêlé à
plusieurs attaques retentissantes de fourgons blindés, il affirme avoir
«bricolé». «Je faisais les parcmètres».
Jugé avec vingt complices présumés de l'évasion de Fresnes, menée le 12
mars 2003 comme une opération commando avec explosifs et armes
automatiques, Antonio Ferrara --qui aura 35 ans au cours de ce procès
de deux mois-- risque la réclusion criminelle à perpétuité.
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source : Leparisien.fr avec AFP